Laure HINCKEL
Ștefan AGOPIAN (n. 1947) a debutat editorial cu romanul Ziua mâniei (1979). A publicat: Tache de catifea (roman, 1981, 1995, 1999, 2004, 2012); Tobit (roman, 1983, 2005, 2014; traducere în germană, Kriterion, 1989; Premiul pentru Proză al Asociației Scriitorilor din București); Manualul întâmplărilor (proză scurtă, 1984, 1993, 2014, 2021; traducere în italiană, Felici Editore, 2012; traducere în germană, Verbrecher, 2018; Premiul Uniunii Scriitorilor); Sara (roman, 1987, 1991, 2006, 2024; traducere în limba franceză, Actes Sud, 2015; Premiul revistei Amfiteatru pentru cea mai bună scriere beletristică a anului); Însemnări din Sodoma (proză, 1993); Republica pe eșafod (teatru, 2000; Premiul Asociației Scriitorilor din București); Fric (proză, 2003; Premiul ASPRO pentru experiment în cadrul Târgului Internațional de Carte Bookarest 2004 și Premiul revistei Cuvântul la categoria „Superlativele anului 2003”).
În 2026 i s-a decernat Premiul Opera Omnia pentru literatură de către Uniunea Scriitorilor din România.
Fragment tradus în limba franceză de Laure HINCKEL /
Extrait traduit du roumain par Laure HINCKEL
« Quand arriva jusqu’à nous la nouvelle que les pilleurs de Pazvantoğlu s’étaient retirés sur l’autre rive du Danube, maman décida de rentrer. C’était l’automne et nous nous étions absentés pendant un mois entier. Je me souviens de presque tout. Les ruines de notre maison fumaient encore. Maman, que je voyais du fond de la charrette qui nous transportait, paraissait pétrifiée. J’avais sous les yeux l’image d’une femme dévastée. Je ne comprenais pas ce qu’elle faisait là. Ensuite, sur des bâtons plantés en terre exprès pour tenir lieu de corps manquant, j’aperçus les têtes. Je n’ai pas reconnu papa qui ricanait du haut de son pieu plus haut que les autres. Je ne savais pas ce que tout cela voulait dire. Les charognes empuanties des chiens de papa étaient disséminées alentour. Des corbeaux, grands, noirs, flottaient au-dessus de nos têtes. Le ciel s’assombrit et une pluie fine se déploya sur nous. Nous étions entrés en automne et ces morts hideux venaient tout droit de cette saison-là. Le paysan qui menait la charrette dit finalement :
‒ Signe-toi, mon garçon !
Le bonnet à la main, des mèches de cheveux collées sur son front, car il pleuvait sur nous, il se signa d’une croix, grande, de sa main de géant. La silhouette du paysan recouvrait tout l’espace du ciel plombé. Il sentait la fumée et le chien mouillé et la mamaliga froide et moisie et ses habits à longs poils me firent éternuer. Et ensuite la voix de maman âpre, enrouée :
‒ Fouette, Gheorghe !
Elles s’éloignaient, les secousses de la charrette, il demeurait, le rictus de papa. Il résonnait autrement, le claquement du fouet, sous la pluie. Sous la couverture, l’air était tiède et humide et empestait l’odeur de la laine. Dehors, l’air était froid et pur. Je regardai. Le claquement du fouet aussi, semblait différent, humide.
‒ C’est la volonté de Dieu ! Il sait ce qu’il fait ! entendis-je l’air crisser.
Quand j’eus tout endormi autour de moi – comme toujours, car jamais je n’ai cru que c’était moi qui dormais, mais que ma force endormait tout et que c’est pour cela que je ne voyais plus rien – je perdis le fil des événements.
Je ne sus jamais qui étaient les gens chez lesquels je me réveillai. J’étais assis sur un banc et enveloppé de plusieurs couvertures. J’avais chaud et je ne savais pas où j’étais. J’entendis une voix dire :
‒ À présent c’est toi la maîtresse des lieux, là-bas, et un raclement comme quand on se cure la gorge le matin.
Et la voix de maman :
‒ Oui, c’est moi, alors tu ne dois pas t’en mêler.
Et de nouveau une voix, une autre :
‒ Venez manger !
Je m’endormis et quand je m’éveillai nous étions de nouveau en chemin. Cette fois-ci nous voyageâmes plus longtemps que jamais et tout devint confus dans mon esprit. Nous arrivâmes dans une grande ville et maman m’abandonna dans une maison étrangère, entre les mains d’un vieillard barbu.
Il était le propriétaire d’une apothicairerie où il travaillait avec deux apprentis. Personne ne m’accordait la moindre attention, si bien que je passais toutes mes journées dans ce qui devait être l’officine. Je m’exprime comme cela parce que c’était une grande pièce, sombre, où ça puait à en tomber, des odeurs multiples, mêlées, je n’ai jamais su avec certitude d’où elles venaient car elles venaient de partout. Depuis longtemps aucun nettoiement n’y avait été fait, et dans les coins s’entassaient des ordures et il y avait des toiles d’araignée noircies par le temps. Sur les étagères luisaient secrètement de grands bocaux de porcelaine portant des inscriptions bleues et certains avaient une tête de mort qui ricanait toujours quand je la regardais, si bien que j’évitais de poser les yeux dessus.
Le vieil Isaac Herzog aurait peut-être été un bon apothicaire s’il avait eu moins de fantaisie. Mais son goût pour les procédés rares, sa recherche inconséquente des vieilles recettes, sa façon d’être distrait et l’exagération dans tout ce qu’il faisait l’avaient finalement mené à la ruine. Il utilisait d’anciennes recettes égyptiennes dans lesquelles les graisses de lion, d’hippopotame, de crocodile, de chat, de serpent, de bufflon étaient les ingrédients les plus banals.
Il ne disposait pas de ce type de suif et il en était affligé. On venait de tous les horizons pour lui vendre, tromperie évidente, toutes sortes d’excréments et d’urines et je me souviens que d’avoir acheté des crottes de pipistrelle l’avait rendu heureux pendant une semaine. Il avait un talent incroyable pour inventer de nouvelles recettes. En voici une qu’il me fit apprendre par cœur et qui était réputée pour soigner la syphilis :
Jaune d’œuf de coucou, salive de veau fraîchement égorgé, bois de mirabellier séché, noix de gale brûlée et antimoine mêlés, limaille de stibié préparé. Mélanger le tout avec du goudron. Au terme de deux semaines y précipiter de la bismuthine et employer la pommade obtenue pour enduire les ulcérations provoquées par la vérole.
Je dis qu’il me fit l’apprendre par cœur parce qu’environ un mois après mon installation dans sa maison, il découvrit que quelqu’un devait s’occuper de mon éducation et, très solennellement, il s’attribua cette mission indigne. La première chose que j’appris fut cette recette. Je ne comprenais rien et je répétais comme un perroquet ce qu’il disait. J’étais probablement très effrayé puisqu’il ne me passa jamais par la tête de refuser d’apprendre. Quand je ne savais plus quel jaune d’œuf il fallait utiliser, il me tapait sur les doigts avec une badine puis, débordant de patience, il répétait tout depuis le début. Bientôt, je sus dire la recette d’un trait et à chaque fois que j’en avais l’occasion, à table ou quand des clients se trouvaient dans l’officine, je la disais, en tentant de grossir ma voix pour l’imiter car cela le réjouissait énormément et, quand j’avais terminé, il me donnait une sucette en sucre rouge. Je ne pourrais pas dire que j’étais fier de moi, mais l’absence de maman m’avait terrifié si fort que je n’avais pas le courage de refuser quoi que ce soit à mon maître et, par ailleurs, un enfant a le droit aussi de se rendre la vie plus facile, s’il en a la possibilité. Tout comme aujourd’hui les enfants apprennent les poèmes de monsieur Alecsandri, ne comprenant pour sûr rien à ce qu’ils disent, moi, dans le temps, j’apprenais des recettes fantaisistes, recevant pour cela une récompense. Je ne comprenais pas ce que je disais, mais je ne m’en tracassais pas. Le vieil Herzog était heureux de m’entendre plusieurs fois par jour et je crois qu’il s’était constitué tout une réserve de sucettes, tant j’en avais pris le goût. Il me citait en exemple à ses deux apprentis qui se révélaient paresseux et trop peu intéressés par ce qui se passait autour d’eux. Les apprentis me regardaient d’un air de sainte-nitouche mais ils ne rataient pas une occasion de me rosser. À une époque, ils tentèrent de m’appâter de toutes sortes de manières pour que je ne dise plus cette satanée recette, mais ils n’y arrivèrent pas. Ils étaient probablement stupides. Avec une poignée de sucettes, ils m’auraient acheté corps et âme. Je ne changeai pas de camp parce qu’ils n’eurent pas cette simple idée : devant un tas de bonbons, pour sûr je n’aurais pas résisté. J’opposais un non décidé à leurs offres discutables. L’un d’eux eut même la bêtise de me proposer une grenouille en échange de mon silence. Il tenait le batracien par une patte, son combat impuissant m’effraya terriblement. Je me mis à pleurer, il me calma d’un coup de poing, il était écœuré. Il ne comprenait pas que tout en ayant l’apparence d’un être humain, je fusse capable de refuser le don d’une grenouille.
Ils ne parvinrent pas à m’acheter. J’avais alors probablement quatre ans et au bout d’un mois je savais dire en y mettant le ton, ce qui augmentait considérablement l’effet, cinq recettes et je crois que j’ai contribué, en les déclamant aussi souvent, à la ruine du vieillard. Mon précepteur se rendit compte un peu plus tard que mon zèle avait quelque chose de louche et il se mit à espacer les récompenses. Cela eut pour effet de me faire taire, purement et simplement, pendant toute une semaine et même, de temps en temps, d’orienter mes pensées vers la fameuse grenouille. Le changement fut si brusque que le vieil Herzog, naïf, crut à une maladie et il ne me laissa pas en paix que je n’eusse avalé une ocque de sirop de petite centaurée. Il s’approchait avec le carafon avant chaque repas et m’en donnait à boire. Le sirop était constitué de vin noir et d’une plante nommée en latin Erythraea pulchella. Au début, je ne voulus pas boire mais, après cette première fois, je m’enivrai à tel point que j’en pris le goût. Étant ivre, je disais tout ce qu’on me demandait de dire. C’est alors aussi que je commençai à clabauder sur le compte des apprentis du vieux. Ils décidèrent de me punir. Ils ne trouvèrent rien de mieux que de m’obliger à avaler une cuillère de pommade de soufre. Comme n’importe quel ivrogne, je mangeai la pommade avec appétit, j’en redemandai même, et ils étaient horrifiés. Le sirop de petite centaurée me plaisait tant et plus que j’en demandais et que j’en buvais autant que possible, à la grande joie du vieux. Les apprentis, constatant que je n’avais pâti de rien, le lendemain me firent avaler un autre onguent, je crois de celui qui vous faisait ne plus être chauve. Je le déglutis et de nouveau ne pâtis de rien, à leurs grandes surprise et horreur. Pendant longtemps je mangeai avec plaisir le contenu d’un tas de bocaux jusqu’au jour où mes cheveux se mirent à tomber. Le vieillard, voyant cela, s’empressa de me soigner. Il ne renonça cependant pas au sirop de petite centaurée jusqu’au jour où la maîtresse de maison, une femme lucide, me regarda avec attention puis dit à voix haute :
‒ Cet enfant, on dirait qu’il est ivre !
Je ne savais pas ce que signifiait être ivre, alors je n’y accordai pas d’importance.
Et puis de nouveau, comme pour elle-même :
‒ Il est ivre, il est ivre, j’en suis sûre !
Assurant toutefois ma garde et recevant tribut pour cela, elle demeura convaincue de l’idée que j’étais ivre. Me voyant si souvent boire de ce sirop, elle surmonta son dégoût, et prenant exemple sur moi, elle en but elle aussi. Cela lui plut autant qu’à moi et elle s’enivra si bien qu’elle garda le lit une journée entière sans reprendre conscience, provoquant l’épouvante autour d’elle. Ses filles qui se trouvaient alors en visite chez elle s’enfuirent en voyant leur bonne maman prise par le vice de l’ivresse, non sans faire scandale au vieux, le seul qui pouvait s’être rendu coupable d’un tel incident. Revenant de son ébriété, la vieille raconta sa mésaventure, me fit venir et je fus présenté aux yeux de toute la maisonnée et considéré comme un miracle ou comme un monstre, je n’ai jamais su comment. Le chef de famille m’étudia tout en marmonnant puis il apporta le carafon de liqueur et me demanda :
‒ Tu en veux ?
‒ J’en veux ! répondis-je.
Il me tendit le récipient et tous me regardaient plus attentivement qu’il ne convenait, si bien que les deux apprentis, présents eux aussi, furent pris de fou rire. Je fis comme si de rien n’était, et sous leurs yeux je fiolai un canon du merveilleux vin noir dans lequel, par miracle, se trouvait aussi un peu de petite centaurée. Quand j’écartai les yeux comme un dément, ils ne s’étonnèrent pas, car ils s’attendaient à cela, seuls les apprentis rirent mais, quand j’eus recraché à la face de toute la famille le contenu de ma bouche ‒ et sans me vanter j’avais une très grande bouche pour mon âge, purent-ils constater, en se voyant le visage couvert d’un jus clair au goût insupportable ‒ ils commencèrent à s’étonner. Puis ils voulurent me frapper, mais le vieux ne les laissa pas faire, alors ils s’en prirent aux apprentis.
L’épreuve ne me guérit pas sur l’instant et pendant un temps je marchai hébété, comme tout ivrogne privé de sa nourriture quotidienne. Ensuite, tout fut oublié, mon organisme s’accoutuma de vivre sans alcool.
Le vieil Herzog ayant découvert que j’étais devenu alcoolique décida sur le champ de s’occuper sérieusement de mon éducation. Il dit que j’étais assez grand pour commencer à lire et à écrire. J’eus ma première leçon dès le lendemain de l’incident avec le liquide amer ou quoi que c’eût été mais, en l’absence de manuel, le vieux utilisa un manuscrit très joliment relié. Il s’intitulait : Le Poème de la médecine. Ayant déjà l’expérience de l’apprentissage, je fus plutôt zélé dans mon hypocrisie et après quelques temps je savais dire comme un perroquet, en grec cette fois-ci, la définition du mot médecine. Je fermais les yeux et je disais : La médecine est l’art de conserver la santé et, éventuellement, de guérir la maladie survenue dans le corps. Pendant un temps cela a marché comme ça et, attentif à ce que l’on me disait, je parvenais à apprendre assez bien par cœur jusqu’au jour où, après avoir réussi à « lire » également les sous-parties de la médecine, le vieux observa que j’avais une curieuse manière de lire. Moi, sans me sentir empêché, je continuais sans me troubler et, une fois les yeux fermés, je lisais d’un trait, ensuite je traduisais, il était suffisant de me montrer d’où commencer et, quant à moi, de parcourir le passage du regard. Au terme de six mois d’enseignement je lisais environ trois cents vers, jusque là où il est dit : il y a aussi les médications corrosives, destructives, le fer tranchant, l’air qui fait éclater en se dilatant et le feu qui agit sur la peau…
Exaspéré par ma façon de lire, le vieil Herzog, de colère, en fut un jour sur le point de déchirer le manuscrit. Il se maîtrisa à temps mais se mit à me châtier. Il me frappa jusqu’à ce que je fasse la découverte qu’il me battait parce que je fermais les yeux pour lire. C’était plus difficile en les ouvrant, mais je m’efforçai de faire selon son plaisir. Dès lors, il ne me rudoya plus et mon enseignement suivit son cours librement jusqu’à la fin du poème, quand je le sus en entier par cœur et pus le traduire fort joliment. J’avais appris en une année 1326 vers, et quand j’arrivai à :
Voici l’entier exposé de la médecine pratique,
Je conclus ici ; j’ai terminé, les mots j’ai terminé me remplirent d’un grand bonheur, je pensais sans doute que j’avais moi aussi fini d’apprendre, ce qui ne se révéla pas du tout être la réalité.
Au Poème de la médecine faisait suite Le Canon de la Science médicale, autre manuscrit, plus épais, mais contenant de petites peintures desquelles j’espérais me délecter.
Volens nolens, avec le temps, j’avais appris quelques petites choses et je fus horrifié de découvrir qu’en étant attentif je pouvais déchiffrer ici et là dans le manuscrit des mots que je reconnaissais. C’est ainsi que j’appris à lire, mais sachant très peu de grec, régnait dans ma tête une confusion étrange, je ne comprenais pas pourquoi certains mots, en les épelant, me révélaient soudain quelque chose, m’emplissaient par là-même de satisfaction tandis qu’avec d’autres, au prix même de mes tourments, je ne parvenais pas à me débrouiller. Un autre incident me fut cependant utile. L’un des apprentis, se prenant d’affection pour moi, pour je ne sais quelle raison, m’offrit un livre écrit en roumain et dont le titre était Les aventures de Til Ulespiègle, de ses bons mots, finesses et amusantes inventions pour passer le temps dans les jours ou les heures de repos.
Avec ce livre, il ne me fallut pas longtemps pour commencer à déchiffrer et à comprendre tout ce que je lisais. Désormais, je n’accordais plus le moindre intérêt au Canon de la Science médicale et à cette époque-là je fus de nouveau sujet à être rossé. Le printemps était arrivé, je crois. J’étais rossé chaque jour et finalement j’en serais bien revenu à Avicenne, si un événement malheureux n’avait pas tout fait voler en éclats.
Dans les champs, un jour, fut trouvé le corps d’un enfant qui avait perdu tout son sang ‒ allez savoir pour quelle raison.
* * *
Când veştile că pasvangiii s-au retras peste Dunăre ajunseră la noi, mama hotărî să se întoarcă. Era toamnă şi lipseam de acasă de o lună încheiată. îmi amintesc aproape totul: Ruinele casei noastre mai fumegau încă. Mama, o zăream din căruţa cu care venisem, încremenise privind. Trupul unei femei siluite apăru privirii mele. Nu înţelegeam ce caută femeia aceea acolo. Apoi, în stâlpi bătuţi anume pentru a ţine loc unui trup pierdut, zării capetele. Nu l-am recunoscut pe tata, care ne rânjea din stâlpul lui mai înalt decât celelalte. Nu ştiam ce înseamnă toate astea. Stârvurile împuţite ale câinilor erau risipite peste tot. Corbi mari, negri, pluteau peste capetele noastre. Cerul se întunecă şi o ploaie măruntă se răsfiră peste noi. Intraserăm în toamnă şi morţii aceia hidoşi ne întâmpinară din anotimp. Ţăranul care mânase căruţa spuse într-o vreme:
– Fă-ţi cruce, băiatule!
Cu căciula în mână, şuviţele de păr i se lipiseră de frunte, ploua peste noi, cruce îşi făcu, mare, cu mâna lui uriaşă. Peste cerul plumburiu, ţăranul acoperi totul cu făptura lui. Mirosea a fum şi a câine ud şi a mămăligă rece şi mucegăită, hainele lui miţoase mă făcură să strănut. Şi apoi vocea mamei aspră, răguşită:
– Mână, Gheorghe!
Hurducăitul căruţei depărtându-se, rânjetul tatei în urma noastră rămânând. Pocnetul biciului altfel răsunând prin ploaie. Sub pătură aerul era călduţ şi umed şi împuţit de mirosul lânii. Dincolo, aerul era rece şi curat. Am privit. Şi pocnetul biciului, altfel, ud.
– Acestea sunt faptele de la Dumnezeu! El face ce-o şti! zgâriind aerul, auzii.
Când am adormit totul, ca totdeauna, niciodată n-am crezut că eu dorm, ci că puterea mea adoarme totul şi de aceea nu mai ştiu nimic, n-am mai ştiut întâmplările.
N-am aflat niciodată cine sunt cei în casa cărora m-am trezit. Eram aşezat pe o laviţă şi învelit cu mai multe pături, îmi era cald şi nu ştiam unde sunt. Am auzit o voce spunând:
– Acum tu eşti singura stăpână acolo, şi un hârâit ca atunci când îţi cureţi gâtlejul dimineaţa.
Şi vocea mamei:
– Da, eu sunt, aşa că nu trebuie să-ţi baţi capul cu asta.
Şi iar o voce, alta:
– Veniţi să mâncați!
Am adormit, şi când m-am trezit eram iar pe drum. De data asta am mers mai mult ca niciodată şi totul se încâlcește în mintea mea. Am ajuns într-un oraş mare şi mama mă părăsi într-o casă străină, pe mâinile unui bărbat bătrân şi cu barbă.
Bărbosul era stăpânul unei spiţerii în care lucrau doi ucenici şi el. Nu-mi dădea nimeni nici o atenţie, aşa că îmi petreceam toată ziua în ceea ce trebuia să fie prăvălia. Spun aşa fiindcă era o cameră mare, întunecoasă, în care mirosea de trăsnea, mirosuri multe, amestecate, n-am ştiut niciodată sigur de unde veneau, fiindcă veneau de peste tot. Nu se făcuse de mult curăţenie în camera aia şi prin colţuri erau maldăre de gunoaie şi pânze de păianjen înnegrite de vreme. Şi pe rafturi, lucind tainic, borcane mari de porţelan, cu inscripţii albastre şi unele având pe ele un cap de mort rânjind întotdeauna când le priveam, aşa că nu prea mă uitam la ele.
Bătrânul Isaac Herţog ar fi fost poate un bun spiţer dacă ar fi avut mai puţină fantezie. Dar gustul lui pentru reţete rare, căutarea nesocotită a vechilor reţete, felul de a fi distrat şi exagerarea în tot ce făcea îl aduseseră cu timpul în stare de ruină. Folosea vechi reţete egiptene, în care grăsimile de leu, de hipopotam, de crocodil, de pisică, de şarpe, de muflon erau lucrurile cele mai banale.
Nu avea aceste grăsimi şi era nenorocit. Oamenii de peste tot îi vindeau, păcălindu-l, desigur, tot felul de excremente şi de urine şi îmi amintesc că atunci când a cumpărat excremente de liliac a fost fericit o săptămână. Avea un talent nemaipomenit de a inventa noi reţete. Iată una, pe care m-a pus s-o învăţ pe dinafară şi care ar fi trebuit să vindece sfrinţenia:
Gălbenuş de ou de cuc, salivă de viţel proaspăt tăiat, lemn de corcoduş uscat, gogoşi de ristic, pilitură de stibiu oxidat. Se amestecă totul cu grăsime de păcură şi se precipită sulf galben de bismut la două săptămâni de la preparare, folosindu-se pomada obţinută la ungerea ulcerelor provocate de sfrinţenie.
Spun m-a pus s-o învăţ pe dinafară deoarece la o lună de la aşezarea în casa lui a descoperit că cineva trebuie să se ocupe de educaţia mea şi, solemn, şi-a luat asupra lui această sarcină nenorocită. Primul lucru pe care l-am învăţat a fost această reţetă. Nu înţelegeam nimic şi repetam ca un papagal ce spunea el. Eram probabil foarte speriat, fiindcă nu mi-a trăsnit niciodată prin minte să refuz să învăţ. Când nu ştiam ce fel de gălbenuş trebuie să folosească, mă lovea peste degete cu o nuieluşă, apoi, plin de răbdare, repeta totul de la capăt. După o vreme am ştiut reţeta ca pe apă şi, ori de câte ori aveam ocazia, la masă, sau când erau clienţi în prăvălie, o spuneam, încercând să-mi îngroş vocea şi să-l imit, deoarece asta îl bucura nespus, şi, după ce terminam, îmi dădea o acadea de zahăr roşu. Nu aş putea spuse că eram mândru de mine, dar lipsa mamei mă înfricoşase atât de tare încât nu aveam curajul să-i refuz nimic stăpânului meu şi, apoi, şi un copil are dreptul să-şi facă viaţa mai uşoară dacă îi stă în putinţă asta. Aşa cum astăzi copiii învaţă poezii ale domnului Alecsandri, neînțelegând desigur nimic din ceea ce spun, aşa eu, pe vremuri, învăţam reţete fanteziste, căpătând după aceea o răsplată. Nu înţelegeam ce spun, dar nu-mi băteam capul cu asta. Bătrânul Herţog era fericit că mă aude de câteva ori pe zi şi cred că îşi făcuse o rezervă de acadele, într-atât le prinsesem gustul. Mă dădea de exemplu celor doi ucenici care se dovedeau leneşi şi prea puţin interesaţi de cele ce se întâmplă în jurul lor. Ucenicii mă priveau spăşiţi, dar, de câte ori aveau ocazia să mă bată, nu o scăpau. O vreme încercaseră să mă momească în fel şi chip pentru a nu mai spune nenorocita aia de reţetă, dar nu reuşiseră. Erau probabil tâmpiți. Cu un pumn de acadele mi-ar fi cumpărat şi trupul, şi sufletul. Nu am trecut în tabăra adversă, fiindcă nici prin gând nu le trecuse să-mi arate mai multe bomboane adunate la un loc, în faţa cărora sigur n-aş fi rezistat. Am spus un nu hotărât propunerilor lor dubioase. Unul avusese chiar idioţenia să-mi propună târgul oferindu-mi în schimbul tăcerii o broască. Ţinea broasca de un picior şi zbaterea ei neputincioasă m-a înfricoşat cumplit. Am început să plâng şi m-a potolit cu un pumn şi scârbit. Nu înţelegea cum cineva care arată ca un om poate să refuze o broască.
N-au reuşit să mă cumpere. Aveam probabil 4 ani pe atunci şi după o lună ştiam să spun cu o anumită intonaţie, care mărea considerabil efectul, cinci reţete, şi cred că am contribuit şi eu la ruina bătrânului, într-atât de des le spuneam. După o vreme, învăţătorul meu şi-a dat seama că e ceva în neregulă cu sârguința mea şi a început s-o rărească cu răsplata. Asta m-a făcut ca timp de o săptămână să tac pur şi simplu şi chiar din când în când să mă gândesc la broasca aia. Schimbarea a fost atât de bruscă, încât bătrânul Herţog, naiv, a crezut că sunt bolnav şi nu s-a lăsat până n-am înghiţit vreo oca de sirop de frigurică. înaintea fiecărei mese venea cu clondirul şi mă punea să beau din el. Siropul era făcut din vin negru şi din planta numită pe latineşte Erythrae pulchella. La început n-am vrut să beau, dar, după ce am băut prima oară, m-am îmbătat atât de tare încât i-am prins gustul. Beat fiind, spuneam tot ce mi se cerea. Tot atunci am început să-i pârăsc pe ucenici bătrânului. Ucenicii au hotărât să mă pedepsească. N-au găsit ceva mai bun decât să mă silească să înghit o lingură de pomadă de sulf. Ca orice beţiv, am mâncat pomada cu poftă, chiar mai cerând apoi, spre groaza lor. începuse atât de mult să-mi placă siropul de frigurică, încât îl ceream şi beam cât puteam din el, spre bucuria bătrânului. Ucenicii, văzând că nu am păţit nimic, a doua zi mă puseră să mănânc o altă alifie, cred că din aceea care te făcea să nu mai fii chel. Am mâncat-o şi iar n-am avut nimic, spre uimirea şi groaza lor. Mai mult timp am mâncat cu plăcere din o grămadă de borcane până când a început să-mi cadă părul. Bătrânul, văzând aceasta, s-a grăbit să mă vindece. Nu a renunţat însă la siropul de frigurică până când, într-o zi, stăpâna casei, o femeie înţeleaptă, m-a privit atentă o vreme, apoi a zis tare:
– Copilul ăsta parcă ar fi beat!
Eu nu ştiam ce înseamnă să fii beat, aşa că nu mi-a păsat. Apoi iar, ca pentru ea:
– E beat, e beat, sunt sigură!
Avându-mă totuşi în grijă şi primind şi bani pentru asta, s-a lăsat prinsă de ideea cu beţia. Şi văzând cât de des beau din siropul acela, şi-a învins scârba şi, luându-mi exemplul, a băut şi ea din el. I-a plăcut la fel de mult ca şi mie şi s-a îmbătat atât de tare, încât o zi a zăcut fără să ştie de ea, spre groaza celor din jur. Fetele ei, care erau atunci în vizită, au plecat speriate văzând că buna lor mamă căzuse în patima beţiei. Nu înainte de a face scandal bătrânului, singurul care ar fi putut fi vinovat de o atare întâmplare. Trezindu-se din beţie, bătrâna îşi povesti aventura şi la sfârșit m-a chemat şi pe mine şi toţi ai casei mă priviră ca pe o minune sau ca pe un monstru, n-am aflat niciodată cum. Capul familiei m-a studiat o vreme, mormăind întruna între timp, apoi a adus clondirul cu licoarea şi m-a întrebat:
– Vrei?
– Vreau! am spus eu.
Mi s-a întins vasul şi toţi se uitau la mine mai atent decât s-ar fi cuvenit, ba chiar cei doi ucenici care erau şi ei de faţă au început să râdă. Nu mi-a păsat şi sub ochii lor am tras o duşcă din minunatul vin negru, în care, din întâmplare, se pusese şi frigurică, hotărât să nu dau atenţie decât vinului. Când am căscat ochii ca un apucat, ei nu s-au mirat, fiindcă se aşteptau la asta, numai ucenicii au râs, dar când i-am împroşcat cu conţinutul gurii mele, şi, fără să mă laud, aveam o gură foarte mare pentru vârsta mea, au constatat ei, umplându-le faţa cu o zeamă subţire şi cu gust nesuferit, au început să se mire. Pe urmă au vrut să mă bată, dar bătrânul nu i-a lăsat, aşa că i-au bătut pe ucenici.
Încercarea nu m-a vindecat pe loc şi o vreme am umblat năuc, ca oricare beţiv privat de hrana zilnică. Pe urmă totul a fost dat uitării şi organismul meu s-a învăţat să trăiască şi fără alcool.
Bătrânul Herţog, din clipa când descoperise că am ajuns beţiv, hotărî să se ocupe serios de educaţia mea. Spuse că sunt destul de mare pentru a începe să învăţ a citi şi a scrie. Am început lecţiile chiar a doua zi după întâmplarea cu lichidul acela amar sau ce-o fi fost, dar, în lipsa unui manual, bătrânul folosi un manuscris foarte frumos legat. Manuscrisul se numea: Poemul Medicinei. Având deja experienţa învăţăturii, am fost destul de silitor în prefăcătoria mea, şi, după o vreme, ştiam să spun ca un papagal, pe greceşte de astă dată, definiţia cuvântului medicină. închideam ochii şi spuneam: Medicina este arta de a păstra sănătatea şi, eventual, de a vindeca boala survenită în corp. O vreme a mers aşa şi, atent la ce mi se spunea, reuşeam să învăţ destul de bine pe dinafară, până când, după ce reuşisem să „citesc” şi subîmpărţirile medicinei, bătrânul observă că am un fel curios de a citi. Eu, fără să-mi pese, continuam nestingherit şi, după ce închideam ochii, citeam ca pe apă, apoi traduceam, era de ajuns ca el să-mi arate numai de unde să încep şi să fi parcurs locul acela înainte de asta. După şase luni de învăţătură citeam vreo trei sute de versuri, cam până acolo unde se spune: există şi medicamente corosive şi distructive, tăişurile de fier, aerul care sfâșie când se dilată, cât şi focul ce acţionează asupra pielii…
Exasperat de procedeul meu de a citi, bătrânul Herţog era cât pe-aci să rupă manuscrisul de furie, într-o zi. Se stăpâni la timp, dar începu să mă bată. Mă bătu până când am descoperit că mă bate din cauză că închid ochii când citesc. îmi era mai greu cu ei deschişi, dar m-am silit să-i fac pe plac. De atunci nu m-a mai bătut şi învăţătura a continuat nestingherită până ce am sfârșit cu poemul, ştiindu-l pe dinafară şi traducându-l foarte frumos. învăţasem într-un an 1326 de versuri, şi când am ajuns să spun:
Iată întreaga expunere despre medicina practică,
Mă opresc aici cu spusele mele; am terminat, cuvintele am terminat mă umplură de o fericire mare, gândind că probabil şi eu am terminat cu învăţătura, ceea ce nu se arătă deloc aşa.
Poemului Medicinei îi urmă Canonul Ştiinţei medicale, alt manuscris, mai gros, dar care avea şi mici picturi, cu care speram să mă delectez.
Vrând-nevrând, cu vremea, învăţasem câte ceva şi, spre groaza mea, am descoperit că, atent fiind, puteam desluşi ici şi colo în manuscris cuvinte pe care le recunoşteam. Aşa am început să citesc, dar ştiind foarte puţin greceşte, în capul meu era o harababură ciudată, nu înţelegeam de ce unele cuvinte, silabisindu-le, îmi dezvăluiau deodată ceva, umplându-mă de mulţumire, pe când cu altele, oricât mă chinuiam, nu mă descurcam. Mi-a fost de folos însă o întâmplare. Unul din ucenici, prinzând drag de mine cine ştie din ce motive, îmi dărui o carte scrisă pe româneşte şi care se numea Toată viaţa, isteţiile şi faptele minunatului Tilu Buhoglindă, cele de râs şi minunate de citire spre trecerea de vreme în zilele sau ceasurile omului cele de odihnă.
Şi împreună cu el nu mi-a trebuit mult pentru a prinde a citi silabisind şi a înţelege tot ce citeam. Având cartea asta, puţin mi-a mai păsat de Canonul Ştiinţei medicale, şi în vremea aceea am început iar să mănânc bătaie. Venise cred primăvara. Mâncam bătaie în fiecare zi şi până la urmă ar fi trebuit să mă întorc la Avicena, dacă o întâmplare nefericită n-ar fi spulberat totul.
Peste câmpuri, într-o zi, a fost găsit un copil mort căruia i se scursese tot sângele cine ştie din ce motiv.

Ștefan AGOPIAN (n. 1947) a debutat editorial cu romanul Ziua mâniei (1979). A publicat: Tache de catifea (roman, 1981, 1995, 1999, 2004, 2012); Tobit (roman, 1983, 2005, 2014; traducere în germană, Kriterion, 1989; Premiul pentru Proză al Asociației Scriitorilor din București); Manualul întâmplărilor (proză scurtă, 1984, 1993, 2014, 2021; traducere în italiană, Felici Editore, 2012; traducere în germană, Verbrecher, 2018; Premiul Uniunii Scriitorilor); Sara (roman, 1987, 1991, 2006, 2024; traducere în limba franceză, Actes Sud, 2015; Premiul revistei Amfiteatru pentru cea mai bună scriere beletristică a anului); Însemnări din Sodoma (proză, 1993); Republica pe eșafod (teatru, 2000; Premiul Asociației Scriitorilor din București); Fric (proză, 2003; Premiul ASPRO pentru experiment în cadrul Târgului Internațional de Carte Bookarest 2004 și Premiul revistei Cuvântul la categoria „Superlativele anului 2003”).
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