Antonia SIMON
« J’ai péché, péché dans le plaisir », ainsi commence le poème intitulé Le péché de Forough Farrokhzad, poétesse iranienne des années 1950. Ces vers donnent le titre du roman d’Abnousse Shalmani, J’ai péché, péché dans le plaisir, publié en 2024 aux éditions Grasset. Ce roman au style effréné, où se mêlent fiction et biographie, suit l’histoire de deux femmes atypiques, insoumises, qui choisissent de vivre pour l’art, l’amour et le plaisir : Forough Farrokhzad, poétesse née au Téhéran, éprise de liberté mais prisonnière de son pays natal, et Marie de Regnier, amante et muse de Pierre Louÿs, femme envoûtante, perverse, mais libre.
Nous sommes emportés dans le Téhéran des années 1950 et dans le Paris de la Belle Époque. L’amant de Forough, Cyrus, représente le pont entre l’Orient et l’Occident. C’est grâce à lui que celle-ci découvre la tolérance de la société parisienne de la Belle Époque, inimaginable à ses yeux, n’ayant connu que l’Iran où le plaisir de la femme n’a pas sa place, où la femme est réduite au rôle de donner la vie : c’est la seule création qu’on accepte d’elle, la création poétique lui étant interdite.
Le corps devient symbole central dans l’œuvre, basculant entre territoire de lutte et espace d’emprisonnement. Les scènes érotiques sont décrites d’une manière détaillée et tout à fait naturelle. Ainsi, Abnousse Shalmani nous propose un discours fortement féministe, en affirmant que l’on doit détacher toute forme de honte du fait de désirer, d’aimer et de jouir. S’il existe une honte liée au désir sexuel, celle-ci n’est que le produit d’une société opprimante, étouffante.
Marie de Regnier, reine de la Belle Époque, tout aussi rebelle et fougueuse que Forough, se distingue cependant d’elle par le fait qu’elle « est capable de se célébrer sans la moindre honte. » Forough, elle, « profondément iranienne », ne réussira jamais à se dévêtir de cette honte, qui la suivra tout au long de sa courte vie.
J’ai péché, péché dans le plaisir nous fait découvrir non pas seulement l’histoire de ces deux femmes si imposantes et si déterminées, mais également un côté de nous-même que l’on n’osait peut-être pas explorer auparavant. Ainsi, le roman, au style profondément lyrique et sensuel, où dansent brutalité et poésie, nous incite à choisir l’absolu : de l’amour, du plaisir et de la création.

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