Antonia SIMON
J’ai 21 ans et je suis étudiante en lettres à l’Université Babeș-Bolyai de Cluj. C’est assez tard que j’ai commencé à m’intéresser à la littérature. Quand j’étais petite, ma mère craignait que sa fille ne partage jamais sa passion pour la lecture. C’est grâce à la littérature française que j’ai peu à peu découvert la beauté de la lecture. Aujourd’hui, en plus de la littérature, je suis passionnée par la traduction et l’écriture. Je continue de nourrir ma passion, avec l’espoir d’apporter ma propre voix à ces domaines.
La Femme rompue est le titre d’un recueil de trois nouvelles : « L’Âge de discrétion », « Monologue » et « La Femme rompue », de Simone de Beauvoir, paru aux éditions Gallimard en 1967. « L’Âge de discrétion » suit l’histoire d’une femme vieillissante qui se dévalorise à cause des tensions familiales et des échecs professionnels. Dans « Monologue », une femme exprime sa rage face à la perte de sa fille et à son divorce. Le ton beaucoup plus strident, le vocabulaire vulgaire et surtout l’absence de virgules illustrent parfaitement l’état dévasté et dévastateur de l’héroïne. Enfin, dans « La Femme rompue », le personnage découvre l’infidélité de son mari et utilise son journal pour tenter de comprendre sa situation, tout en se mentant à elle-même. La fin, bien qu’amère, nous pousse à réfléchir sur la question primordiale de l’œuvre.
La Femme rompue est une œuvre qui m’a profondément marquée. Avant sa lecture, j’affirmais fermement que je ne pourrais jamais vivre à travers le regard des hommes. Pourtant, j’ai réalisé, troublée, que je me reconnaissais dans la voix étouffée des héroïnes de Simone de Beauvoir, marquant un tournant décisif dans mon parcours de lectrice mais aussi en tant que femme.
L’œuvre explore l’idée que la femme se juge constamment à travers le regard de l’homme, et lorsque ce reflet, tel un miroir, se brise, son être s’anéantit. Elle ne se reconnaît plus et, faute d’indépendance, perd sa relation avec elle-même. Il est tentant de croire que ce problème nous est étranger, car le monde moderne a fait d’énormes progrès en matière d’indépendance des femmes. Néanmoins, nous nous retrouvons encore souvent piégé-e-s dans des relations qui ne nous apportent rien d’autre qu’une illusion de stabilité, alors qu’il ne s’agit en réalité que d’une dépendance à l’égard de quelqu’un.
En conclusion, la portée féministe de l’œuvre demeure intacte aujourd’hui. Cependant, ce n’est pas une lecture réservée aux femmes, car tout lecteur peut s’identifier à cet état d’aliénation causé par l’effondrement d’un point stable dans sa vie, qu’il s’agisse de la perte d’un amour, de la jeunesse ou de l’inspiration. Ainsi on peut dire que l’œuvre de Beauvoir transcende les frontières, permettant à des individus de tous âges, sexes et nationalités de se l’approprier et de s’en inspirer.