
Mihaela BURUIANĂ
Le seul roman de l’autrice de nouvelles Lydia Davis a remporté le Man Booker Prize en 2013 (Sfârșitul poveștii, Lydia Davis, Editura Univers, Colecția Globus, 2014, trad. Veronica D. Niculescu). C’est l’autopsie d’une relation. Paradoxalement, la fin est annoncée dès le début, de sorte qu’il ne nous reste qu’à remonter le fil de l’histoire d’amour, en accompagnant la protagoniste dans son analyse minutieuse des moments passés ensemble ou séparément, de ses pensées, de ses gestes et des réactions des deux personnages au fil du temps. Une attention extraordinaire aux détails, un soin porté aux nuances, un choix méticuleux des mots justes et une quête de vérité, même subjective, font de ce roman un véritable exercice d’introspection.
Les réflexions de l’autrice, plus mesurées au début, lorsqu’elle décrit les débuts de la relation et son déroulement, deviennent plus intenses à mesure qu’elle approche du moment de la rupture, jusqu’à atteindre une puissance véritable lorsqu’elle évoque la souffrance qui suit la séparation. Pourtant, Lydia Davis ne tombe jamais dans le pathos, mais consigne tout avec lucidité, à distance de plusieurs années, dans le but de trouver une explication et de mettre un point final à l’histoire.
L’écriture elle-même joue un rôle important dans le roman et l’autrice raconte ses hésitations, ses retards, ses réécritures, ses suppressions d’événements, l’ajouts d’autres épisodes, sa quête des faits ou des sensations pertinentes, ainsi que ses doutes sur la véracité de ce qu’elle raconte. La lecture est également souvent évoquée : tantôt lorsque son obsession pour la relation terminée et cet homme en particulier devient si envahissante qu’elle ne peut plus lire, tantôt lorsque la guérison commence à s’opérer et que la lecture agit comme une thérapie.
L’alternance entre l’histoire elle-même et des insertions contemporaines tirées de sa vie actuelle et de son processus de création imprime un certain dynamisme à la lecture, jouant parfois le rôle d’un tampon : elle permet de prendre du recul lorsque l’atmosphère devient pesante ou de mieux comprendre certains choix expliqués par l’autrice. C’est le genre de roman qui ne vous conquiert peut-être pas dès les premières pages, mais qui finit par éveiller votre admiration au fil du récit et, assurément, à la fin.

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