Mihaela BURUIANĂ
Les réflexions de l’autrice, plus mesurées au début, lorsqu’elle décrit les débuts de la relation et son déroulement, deviennent plus intenses à mesure qu’elle approche du moment de la rupture, jusqu’à atteindre une puissance véritable lorsqu’elle évoque la souffrance qui suit la séparation. Pourtant, Lydia Davis ne tombe jamais dans le pathos, mais consigne tout avec lucidité, à distance de plusieurs années, dans le but de trouver une explication et de mettre un point final à l’histoire.
L’écriture elle-même joue un rôle important dans le roman et l’autrice raconte ses hésitations, ses retards, ses réécritures, ses suppressions d’événements, l’ajouts d’autres épisodes, sa quête des faits ou des sensations pertinentes, ainsi que ses doutes sur la véracité de ce qu’elle raconte. La lecture est également souvent évoquée : tantôt lorsque son obsession pour la relation terminée et cet homme en particulier devient si envahissante qu’elle ne peut plus lire, tantôt lorsque la guérison commence à s’opérer et que la lecture agit comme une thérapie.
L’alternance entre l’histoire elle-même et des insertions contemporaines tirées de sa vie actuelle et de son processus de création imprime un certain dynamisme à la lecture, jouant parfois le rôle d’un tampon : elle permet de prendre du recul lorsque l’atmosphère devient pesante ou de mieux comprendre certains choix expliqués par l’autrice. C’est le genre de roman qui ne vous conquiert peut-être pas dès les premières pages, mais qui finit par éveiller votre admiration au fil du récit et, assurément, à la fin.